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sérénade

par Sylvia

sérénade

Souvenir d'adolescence. Mon meilleur ami, mon frère de coeur, celui qui connait mes émois, il est pour moi le lien qui me rattache à l'être aimé secrètement.

Ce soir là, mon père ne veut pas que je reste dehors avec mes amis. Je suis contrainte de rester à la maison.

Je regarde par le carreau mes amis jouaient, rire, je meurs d'envie de les rejoindre.

J'ouvre la fenêtre, leur voix me parvient, ils m'aperçoivent, ils viennent en face de chez moi pour discuter.

Ils me redonnent le sourire, lui, parmi tant d'autres a une idée, il me dit d'attendre, qu'il revient.

Je le vois resurgir, une guitare sans corde dans les mains, il s'agenouille, il me joue une fausse sérénade sans son, un Roméo de pacotille, mais mon Amour Fraternel, mon ami, celui qui fera battre mon coeur de midinette ce soir là.

 

Je n'ai jamais cru au Prince charmant, jamais idéalisé l'histoire de ce couple dont le sort sera scellé par la mort, tellement leur amour est plus fort que la raison.

Bien sûr, j'imaginai petite des histoires à dormir debout, des histoires à l'eau de rose, des histoires d'amour qui dure pour toujours, et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants.

Mais la réalité m'a toujours fait face, je n'avais aucun exemple de cet amour éperdu sans nuage, cela m'était inconnu depuis ma naissance, et quant bien même j'ai pu croiser des amoureux sur les bancs publics, je ne me disais pas que cela devait durer depuis des années.

Quand j'ai aimé adolescente, je n'ai pas échangé de 1er baiser.

Il m'a fallu un soir de fête, enfin me retrouver avec celui que j'aimai depuis longtemps en silence, qui me considérait comme une bonne amie bienveillante, lui un peu enivré, moi juste là au bon moment, pour enfin échanger ce baiser tant attendu.

Quel fiasco ! Un souvenir doux amer, car cela ne sera qu'éphémère et utopique, et brisera notre amitié, que j'avais tant retenue malgré mes sentiments.

 

Puis le 1er flirt, qui se terminera par une vie commune mensongère, non idyllique, loin de moi l'image d'un amour heureux, et bienveillant.

Mais il a compté dans ma vie, il m'a fait prendre mon indépendance.

Mais pas assez pour ne pas que je succombe encore à la tentation.

Bien sûr que lui aussi m'a chantonné des encore et des toujours ! Mais ce n'était que pour endormir ma clairvoyance, et heureusement le ras le bol m'a fait recouvrer la vue.

Il était loin d'être beau, d'être enchanteur, donc après lui, j'ai vécu, j'ai désiré, j'étais libre....mais en moi se bousculaient toujours ces envies d'y croire, d'espérer, de fonder une famille, d'être aimée.

 

Il est arrivé un soir où j'étais triste, non plutôt je l'ai rappelé après cette énième déception, et j'ai cru à ses paroles, j'ai cru à ses mots, j'ai cru à ses caresses et ses promesses de lendemains bleus et roses.

Mon corps a vibré, on s'est uni, et Dieu nous a fait don de merveilles.

Mais malgré les refrains serinés à tous les temps, malgré des poèmes lyriques chantés en ode à  la joie, à la vie, à l'amour, il n'était qu'un rêve transformé en cauchemar.

Très vite, j'ai désenchantée, très vite ses murmures sont devenus des hurlements souffrant mes tympans, et le bleu du ciel azur est devenu des bleus violacés de l'âme.

Tous les couplets prononcés, répétitifs, n'étaient que de sombres jérémiades de bas étage.

Des flops, ne pouvant entrer au top 50.

 

Il y a un an, alors que je n'écoutai plus rien de cela, je me contentai juste des musiques ambiancées, qui me faisaient me déhancher, est arrivé un joueur de flûte, un joueur de pipeau comme tant d'autres avaient croisé ma route.

Comme ces musiciens de rue, je lui lançais des piécettes d'encouragement, de félicité mais je n'avais pas spécialement envie qu'il continue de chantonner à mes côtés.

Malgré tout, nos chemins se sont souvent croisés, malgré des sentiers caillouteux, nous nous retrouvions souvent au même endroit, une volonté de nous connaître, de nous reconnaître.

Mais alors que moi j'étais disposée à entendre ses chansons, lui fuyait, et préférait pianoter ses partitions sur son clavier.

Jusqu'au jour où je me suis reprise, et décidée à aller écouter d'autre orchestres, d'autres chanteurs, je retombai sur ce mélomane qui voulait me chantait sa sérénade.

Mais, échaudée par tous ces mauvais musiciens, je ne l'écoute que d'une oreille distraite.

Je suis présente lors de ses représentations, je peux l'accompagner au violon, ou lui suggérer quelques notes, mais je ne ma laisse pas bercer par ces airs mélodieux aux douces paroles illusoires.

 

Il peut apparaître, comme mon ami, sous mes fenêtre, je peux entendre ce qu'il raconte dans ses sérénades, je peux lui sourire, échanger un baiser avec lui, mais je ne suis pas prête de le croire.

Hier, un autre est revenu, il essaie d'utiliser d'anciennes chansons, des refrains répétés jadis pour me faire chanter, pour que je fredonne cette mélodie si dérisoire, si mensongère, mais même si je lui permet de chuchoter, il est hors de question que je lui tende le micro d'argent qui fasse de lui la star de mon émission.

Je suis seule maître à bord sur le plateau de tournage de ma vie.

Tant de musiciens, de conteurs, de chanteurs m'ont accompagnée pour embellir et agrémenter ma vidéo, les airs joués étaient tous d'un bon niveau, et les génériques de fin en résonnaient de douces fragrances, 

Mais je tiens la baguette du chef d'orchestre, et c'est moi qui dirige les cordes, les percussions, les instruments à vent....le soprano, le ténor attendent que je donne le LA.

 

Chante moi la sérénade, et je choisirai si tu peux me charmer, me séduire...si je peux tomber en amour !

 

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